7 Octobre 2026
N° 587. Gore évoque un sentiment de plénitude si complet que la parole même en devient superflue. Le texte, pourtant, charrie une noirceur plus grande : les mots y sont comparés à de la violence, les promesses n'existent que pour être rompues, et le plaisir traîne la douleur dans son sillage. Dans le clip, Gahan chante une unique phrase, répétée par intervalles, qui résume à elle seule la thèse de l'œuvre : "Words are very unnecessary". La futilité de la communication ?
1* Traduction en français
2* Commentaire en français
3* Comment in English
4* Original song text
5* Depeche Mode versions
6* Reprises / Covers
1* Traduction en français
Depeche Mode - Profite Du Silence
Les mots comme violence brisent le silence
Ils se fracassent dans mon petit monde
J'en soufre et ils me transpercent direct
Ne vois-tu pas ? Ô ma douce enfant
Tout ce que j'ai toujours voulu
Je tiens là tout ce dont j'ai eu besoin
Les mots sont très superflus
Ils ne peuvent que blesser
Les serments sont faits pour être rompus
Les sentiments sont intenses, les mots sont futiles
Les plaisirs demeurent, et la douleur aussi
Les mots sont vains et voués à l'oubli
Tout ce que j'ai toujours voulu
Je tiens là tout ce dont j'ai eu besoin
Les mots sont très superflus
Ils ne peuvent que blesser
Tout ce que j'ai toujours voulu
Je tiens là tout ce dont j'ai eu besoin
Les mots sont très superflus
Ils ne peuvent que blesser
Tout ce que j'ai toujours voulu
Je tiens là tout ce dont j'ai eu besoin
Les mots sont très superflus
Ils ne peuvent que blesser
Profite du silence.
2* Commentaire en français
Martin Gore (auteur-compositeur, guitariste et claviériste) écrivit et enregistra « Enjoy the Silence » en 1989 ; le morceau parut en février 1990 comme second single de l'album Violator. Gore s'était présenté en studio avec des maquettes délibérément squelettiques, mettant le groupe au défi de leur donner vie. Une de ces démos était une ballade funèbre à l'harmonium, que Dave Gahan (chanteur) qualifiera plus tard de simple ébauche de chanson. Alan Wilder (multi-instrumentiste, arrangeur), épaulé par le producteur Flood, y greffa alors un rythme et en fit soudainement une version dansante, une métamorphose que Gore exécra, y voyant une trahison pure et simple de l'esprit du texte. Il se retira bouder dans sa chambre, près des studios Puk au Danemark, et son verdict n'a jamais quitté la chanson depuis : ce n'était pas là sa conception du disco. Il fallut entendre le public la reprendre en chœur pour qu'il finisse par s'y résoudre. Le succès et la perrenité du morceau tiennent sans doute au contraste entre le coté sombre et sobre du texte et le coté gai et joyeux de la musique, comme cela arrive parfois.
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Gore évoque un sentiment de plénitude si complet que la parole même en devient superflue. Le texte, pourtant, charrie une noirceur plus grande : les mots y sont comparés à de la violence, les promesses n'existent que pour être rompues, et le plaisir traîne la douleur dans son sillage. Dans le clip, Gahan chante une unique phrase, répétée par intervalles, qui résume à elle seule la thèse de l'œuvre : "Words are very unnecessary". La futilité de la communication ? Certains auditeurs y ont voulu lire une allégorie de l'addiction, une interprétation que Gore n'a jamais revendiquée.
Le mixage, lui, se transforma en une discrète guerre de tranchées. François Kevorkian (mixeur, producteur) avait déjà mixé Violator à la satisfaction du groupe, mais pas à celle de Daniel Miller (fondateur de Mute Records). Miller avoua souffrir d'une véritable fixation sur la maquette originale, persuadé que la version brute qui trottait dans sa tête était celle que le monde devait entendre ; il remixa donc le morceau lui-même, avec Flood. Le single tel qu'il parut finalement naquit ainsi d'un bras de fer entre le groupe et l'homme qui avait bâti leur maison de disques.
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Ce qui demeure, au fond, c'est l'ironie qui habite tout l'édifice. La ballade de Gore réclame le silence, tandis que l'arrangement de Wilder et Flood réclame la piste de danse. Ce bras de fer entre celui qui écrivit les mots et le groupe qui les habilla est, en définitive, la véritable histoire de cette chanson.
3* Comment in English
Written by Martin Gore (songwriter, guitarist/keyboards) and recorded in 1989, "Enjoy the Silence" hit shelves in February 1990 as the second single from Violator. Gore had walked into the sessions armed with nothing but skeletal demos, daring the band to reinvent them. One of these demos waq a funereal harmonium ballad, something Dave Gahan (lead singer) later dismissed as barely half a song. Then Alan Wilder (multi-instrumentalist, arranger), working alongside producer Flood (producer), bolted on a beat and dragged it onto the dancefloor, a transformation Gore loathed, calling it a betrayal of everything the lyrics stood for. He retreated to sulk in his room near Puk Studios in Denmark, and the verdict has clung to the song ever since: not his kind of disco. It took the sound of audiences singing it back at him to finally win him over.
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Re meaning, Gore describes a feeling of wanting nothing more, of being so full that speech itself becomes clutter. But the lyrics themselves run darker, with words likened to violence, promises built only to be shattered, and pleasure that drags pain in behind it. Some listeners hear addiction lurking in the cracks, a reading Gore has never claimed as his own. In the video, Gahan delivers a single line on loop, and it lands as the song's whole thesis: words are very unnecessary.
The mix turned into a quiet turf war. François Kevorkian (mixer, producer) had shaped Violator to the band's satisfaction, but not to Daniel Miller's (Mute Records founder, label head). Miller confessed to a bad case of demo-itis, convinced the raw version rattling in his head was the one the world deserved, so he remixed the track himself with Flood. The single that finally shipped was born from a standoff between the band and the man who'd built their label.
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What lingers, in the end, is the irony baked into the whole thing. Gore's ballad begs for silence, while Wilder and Flood's arrangement begs for the dancefloor. That tug of war between the man who wrote the words and the band who dressed them up is, ultimately, the real story of the song.
4* Original song text
Depeche Mode - Enjoy The Silence
Words like violence break the silence
Come crashing in into my little world
Painful to me, pierce right through me
Can't you understand? Oh, my little girl
All I ever wanted
All I ever needed is here in my arms
Words are very unnecessary
They can only do harm
Vows are spoken to be broken
Feelings are intense, words are trivial
Pleasures remain, so does the pain
Words are meaningless and forgettable
All I ever wanted
All I ever needed is here in my arms
Words are very unnecessary
They can only do harm
All I ever wanted
All I ever needed is here in my arms
Words are very unnecessary
They can only do harm
All I ever wanted
All I ever needed is here in my arms
Words are very unnecessary
They can only do harm
Enjoy the silence
5* Depeche Mode versions
Live versions
6* Reprises / Covers
Parmi plus de 300 reprises, ma sélection :
Amongst over 300 covers, my pick:
2001 Tori Amos
2006 Lacuna Coil
2009 Gregorian
2009 MoriArty
2011 Susan Boyle
2017 Carla Bruni
2021 Roma Symphony Orchestra