28 Novembre 2025
N° 581. Rodriguez a vu pendant qu'il jouait live une série de saynètes vives, parfois comiques de manière sombre, de personnes qu'il affirme avoir rencontrées dans tous types de clubs, de bouges, des bars queer et des lieux de travail du sexe aux espaces plus « respectables », faisant du bar un échantillon transversal de la vie urbaine du début des années 70.
1* Traduction en français
2* Commentaire en français
3* Comment in English
4* Original song text
5* Sixto Rodriguez versions
6* Reprises / Covers
1* Traduction en français
Sixto Rodriguez -
Une Chanson Vraiment Abjecte
J'ai donné toutes les sortes de concert possibles
Bars homo, bars à putes, enterrements de bikers
Salles d'opéra, de concerts, centres de réinsertion
Et je trouve que dans tous ces lieux où j'ai joué
Tous les gens pour qui j'ai joué sont les mêmes
Donc vois si tu connais quelqu'un dans cette chanson
Une chanson particulièrement abjecte
Le petit maquereau du coin débarque
Feignant de boiter il s'assoit avec un sourire
A coté d'une fille encore jamais courtisée
Le barman efface un sourire de son visage
Les délégués traversent la salle
Font révérence et déambulent entre les portes
Et lentement la soirée commence
Et voici Jimmy "Pas d'Bol" Butts
Fou de ces salopes d'un soir à East Lafayette
L'avocat à la chemise froissée parle
Et tout le monde boit les détergents
Qui ne peuvent nettoyer leurs blessures
Tandis que la mafia fournit votre dope
Votre État fournira juste un bof
Et vos gendarmes fourniront les balles
Pour que tous soient ainsi satisfaits
Et voici Ralph le vieux playboy
Qu'a toujours été plus petit que lui-même
Et y a un homme perdu dans ses pensées
Qu'en sait plus qu'il ne comprendra jamais
Ouais, et chaque soir c'est pareil
Se défoncer, se saouler, se chauffer
Au Café de Nulle Part, encore une fois
Et l'écolier barbu aux yeux impavides
À chaque jupe parfumée gromelle et soupire
Et le professeur qui te roulera une pelle
N'a jamais pu aimer, mais s'est crispé de peur
Ouais, et chaque soir les mêmes gens
Ramollis, figés, câlins à la soirée de Mr Flood, encore
Et voilà le militant avec son esprit à pas cher
Y a quelqu'un ici de quasi-puceau, m'a-t-on dit
Y a la fragile et frèle Linda qui parle du passé
Qui salue à genoux, se signe et se met en berne
Ils sont tous là, les petits malheureux et les Oncles Toms
Les roux, les chatains, les bruns et les fausses blondes
Amis des chiens, courant les filles et courant la popularité
Égarant leurs rêves et prétendant après en avoir été volés
Et chaque soir, ce sera encore pareil
Se défoncer, se saouler, se chauffer
Perdus, même à Martha's Vineyard, encore.
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2* Commentaire en français
« A Most Disgusting Song » est une chanson parlée, narrative, présente sur l'album de Rodriguez de 1971 intitulé « Coming From Reality », qui utilise des scènes de bar et un langage rude, parfois offensant, pour critiquer la décadence sociale, l'hypocrisie et l'hédonisme vide plutôt que pour choquer pour le plaisir de choquer.
Le morceau est construit autour du monologue de Rodriguez sur un blues-rock simple, afin que l'accent reste sur le récit. C'est l'une de ses chansons les plus provocantes, musicalement plus proche d'un récit de rue lâche ou d'un blues phrasé que d'un tube pop à structure couplet-refrain classique. Sa structure lui permet de traverser une série de saynètes vives, parfois comiques de manière sombre, de personnes qu'il affirme avoir rencontrées dans tous types de clubs, de bouges, des bars queer et des lieux de travail du sexe aux espaces plus « respectables », faisant du bar un échantillon transversal de la vie urbaine du début des années 70.
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La chanson est comme un tour de force avec jeux de mots et écriture observationnelle. Les critiques ont aussi argué que, bien que son catalogue de « personnages colorés » puisse sembler direct ou « trop évident », il s'inscrit dans l'ensemble de son œuvre, qui expose souvent le revers du rêve américain à travers des portraits des pauvres, des addicts et des désillusionnés. Dans ce sens, le dégoût du titre vise moins les individus présents que la culture où le crime organisé, l'évasion de la classe moyenne ennuyée et la violence officielle coexistent comme parties d'une routine nocturne identique.
Dans l'histoire de Rodriguez, la chanson appartient à la brève phase originale de sa carrière d'enregistrement, quand il a réalisé deux albums à Detroit, a été lâché après de mauvaises ventes et est retourné à un travail manuel, pour être redécouvert des décennies plus tard. Quand son catalogue est revenu sous les feux de la rampe dans les années 2000 et 2010, « A Most Disgusting Song » a commencé à être mise en avant dans des articles et des rétrospectives comme l'un de ses récits nocturnes les plus forts, parfois comparée à Bob Dylan et Gil Scott-Heron pour son mélange de ldiction parlée, de détails de rue et de sous-entendu politique. Ce commentaire ultérieur a aidé à consolider la réputation du morceau comme une chanson clé pour comprendre le mélange d'empathie, d'amertume et d'humour noir chez Rodriguez.
NdT:
Inn-Between : jeu de mot entre in-betweens, entre-deux, figativement paumé, de nulle part, et inn, qui veut dire café, bar.
Tiny Tom : un pauvre malchanceux dans un roman de charles Dickens.
Martha's Vineyard : c'est une île de la côte est des USA où ne vont que les riches et puissants.
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3* Comment in English
“A Most Disgusting Song” is a spoken, narrative song on Rodriguez’s 1971 album “Coming From Reality,” using barroom scenes and rough, sometimes offensive language to criticize social decay, hypocrisy, and empty hedonism rather than to shock for its own sake.
The track is built around Rodriguez’s monologue over a simple blues‑rock backing so that the focus remains on the story. Critics often describe it as one of his most provocative songs, musically closer to a loose street narrative or a spoken‑word blues than to a standard verse‑chorus pop tune. Its structure lets him move through a series of vivid, sometimes darkly comic sketches of people he claims to have met in all kinds of clubs and dives, from queer bars and sex‑work venues to more “respectable” places, turning the bar into a cross‑section of early‑1970s urban life.
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The song comes across as a kind of tour de force of wordplay and observational writing. Critics also argue that, although its gallery of “colorful characters” can feel blunt or “too on the nose,” it fits within his wider body of work, which often shows the underside of the American dream through portraits of the poor, the addicted, and the disillusioned. In that sense, the disgust of the title is aimed less at the individuals in the room than at a culture where organized crime, bored middle‑class escapism, and official violence all coexist as parts of the same nightly routine.
Within Rodriguez’s career, the song belongs to the brief original phase of his recording life, when he made two albums in Detroit, was dropped after weak sales, and went back to manual work before being rediscovered decades later. When his catalogue returned to view in the 2000s and 2010s, “A Most Disgusting Song” began to be highlighted in articles and retrospectives as one of his strongest late‑night narratives, sometimes compared with Bob Dylan and Gil Scott‑Heron for its mix of spoken delivery, street detail, and political undertone. This later commentary helped cement the track’s reputation as a key song for understanding Rodriguez’s blend of empathy, bitterness, and dark humour.
4* Original song text
Sixto Rodriguez - A Most Disgusting Song
I've played every kind of gig there is to play now
I've played faggot bars, hooker bars, motorcycle funerals
In opera houses, concert halls, halfway houses.
Well I found that in all these places that I've played
all the people that I've played for are the same people
So if you'll listen, maybe you'll see someone you know in this song.
A most disgusting song.
The local diddy bop pimp comes in
Acting limp he sits down with a grin
next to a girl that has never been chased
The bartender wipes a smile off his face
The delegates cross the floor,
curtsy and promenade through the doors,
and slowly the evening begins.
And there's Jimmy "Bad Luck" Butts
who's just crazy about them East Lafayette weekend sluts
Talking is the lawyer in crumpled up shirt
And everyone's drinking the detergents
that cannot remove their hurts
While the Mafia provides your drugs,
your government will provide the shrugs,
and your national guard will supply the slugs,
so they sit all satisfied.
And there's old playboy Ralph
who's always been shorter than himself,
and there's a man with his chin in his hand,
who knows more than he'll ever understand.
Yeah, every night it's the same old thing
Getting high, getting drunk, getting horny
At the Inn-Between, again.
And there's the bearded schoolboy with the wooden eyes
Who at every scented skirt whispers up and sighs
and there's a teacher that will kiss you in French
Who could never give love, could only fearfully clench
Yeah, people every night it's the same old thing
Getting pacified, ossified, affectionate at Mr. Flood's party, again
And there's the militant with his store-bought soul
There's someone here who's almost a virgin I've been told
And there's Linda glass-made who speaks of the past
who genuflects, salutes, signs the cross and stands at half mast
Yeah, They're all here, the Tiny Tims and the Uncle Toms,
redheads, brunettes, brownettes and the dyed haired blondes,
Who talk to dogs, chase broads and have hopes of being mobbed,
who mislay their dreams and later claim that they were robbed
And every night it's going to be the same old thing
Getting high, getting drunk, getting horny
Lost, even, at Martha's Vineyard, again.
5* Sixto Rodriguez versions
6* Reprises / Covers
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